|
© 1996-2007 Bernard Gaulle gaulle -chez- litiel.org
Quelques questions de droit français à propos
des logiciels sur Internet
B.GAULLE
mis à jour le 3 novembre 2003
Version PostScript - Version
PDF
Table des matières
Abstract
On Internet, are those numerous freely available softwares free of use?
This is the first question that everyone must ask, each time, to himself.
The answer comes from two ways: the French author rights and specific rights
written within documents arriving with the program. This article gives back
essential notions or legal rules in order to appreciate the Internet (author's)
right.
Résumé
De nombreux logiciels sont récupérables gratuitement sur
Internet, sont-ils pour autant gratuits d'utilisation ? Voila une toute
première question que l'on doit systématiquement se poser.
La réponse se trouve à la fois dans le droit d'auteur français
et dans les documents joints au programme. Cet article rappelle quelques
notions essentielles ou articles de code pour mieux appréhender le
droit (d'auteur) sur Internet.
Avertissement
Voici quelques questions de droit auxquelles j'ai été amené
à répondre mais qui n'ont pas été estampillées
du label d'un juriste ; si vous en êtes un, n'hésitez pas à
me donner votre point de vue.
Les informations qui suivent sont donc relatives à une perception
que j'ai des problèmes de droit liés à la propriété
intellectuelle des auteurs de logiciels.
Comme auteur moi-même, je considère ce qui suit, comme une
« protection » minimale, cela veut dire que je me réserve
le droit d'intenter, ou de faire intenter, des actions en réparation
s'il s'avérait que la forme ou l'esprit des termes décrits
ci-dessous était violé.
Ce document se révèle donc être, très précisément,
un document sur les devoirs des utilisateurs de logiciels récupérés
sur Internet.

Le droit d'auteur
Licence d'utilisation
Les contrôles
Le domaine public
Le droit sur Internet
Les logiciels d'essai
et de démonstration
Le « shareware
»
Le « freeware
»
Extension aux CD, disquettes
et autres médias
Les administrations et
le « shareware » : LITIEL
Adresses utiles

Le droit d'auteur
Le droit d'auteur relève de la propriété intellectuelle,
il est différent de la propriété industrielle (brevets
d'invention).
Qu'il s'agisse d'une oeuvre d'art, d'une oeuvre de musique ou d'un logiciel
entièrement nouveau, il s'agit toujours d'une création dont
la propriété intellectuelle revient à son auteur. Cela
est différent de tout aspect commercial. C'est à l'auteur
et à lui seul (ou à défaut à ses héritiers
pendant les 50 années suivant son décès) qu'il appartient
de décider de l'utilisation qui sera faite de son oeuvre. Peut-être
choisira-t-il de la vendre en une seule fois sans se réserver un
usage ultérieur ; ou alors il publiera son travail, qui deviendra
ainsi accessible à tout le monde, et dans ce cas il demandera à
être rémunéré à chaque utilisation et
selon des conditions qu'il établira (ou que les usages et la réglementation
ont éventuellement établis). Mais il existe, bien sûr,
bien d'autres formes intermédiaires pour être rétribué
d'un travail rendu public.
Quelles que soient les conditions dans lesquelles l'auteur décide
de tirer profit de son \oe uvre, même s'il accorde une licence d'exploitation
exclusive à une société spécifique, il ne peut
être dépossédé de son droit d'auteur (sauf, bien
entendu, s'il y renonce explicitement). « L'auteur a seul le droit
de divulguer son oeuvre » art. L. 121-2 du code de la propriété
intellectuelle.
Chacun doit garder à l'esprit la valeur patrimoniale d'un logiciel.
Cela veut dire essentiellement trois choses. Premièrement un logiciel,
quel qu'il soit, appartient à quelqu'un et vous ne pouvez pas vous
l'approprier. Deuxièmement il « vaut » quelque chose
et vous ne pouvez pas, a priori, le réutiliser commercialement, et
encore moins le rediffuser gracieusement. Enfin, tout comme pour votre propre
patrimoine vous n'autorisez pas n'importe qui à en faire l'inventaire,
de même vous n'avez pas le droit de « rentrer » dans le
logiciel pour en inventorier les composants.
Non seulement il vous est interdit de reproduire, traduire, adapter,
arranger, modifier un logiciel ainsi que sa documentation, mais encore vous
ne pouvez -- bien souvent --, en vertu de l'article L .122-6-1 du code
de la propriété intellectuelle, en corriger les erreurs. Cette
dernière disposition, adoptée partout en Europe, reste toutefois
à la discrétion de l'auteur qui le précisera dans sa
« licence ».
L'utilisateur d'un logiciel n'est donc jamais propriétaire d'un
logiciel. À l'inverse, puisqu'il n'est pas à lui, il doit
le protéger convenablement c'est-à-dire ne pas le rendre accessible
à tous par simple négligence. L'utilisateur est responsable
de la sécurité physique du logiciel et de sa copie de sauvegarde.
L'auteur est libre de diffuser ses propres oeuvres sur Internet, sous
réserve de ne pas avoir accordé (avant ou après) de
licence de diffusion exclusive. Corollaire : vous ne pouvez en aucun cas
rediffuser un logiciel qui ne vous appartient pas, sans autorisation spécifique
de l'auteur. En le faisant vous léseriez non seulement le droit de
l'auteur mais aussi les droits des éditeurs et des producteurs.
Les logiciels sont, en France, protégés par le code de
la propriété intellectuelle et à l'étranger
par des conventions sur le droit d'auteur. Aux États-Unis, les logiciels
sont souvent déposés au « Copyright office »
de la bibliothèque du Congrès.
« L'auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité
et de son oeuvre. » (art. L.121-1).
La violation d'un des droits de l'auteur d'une oeuvre est un délit
de contrefaçon et toute contrefaçon est sanctionnée
en France par l'article L. 335-2 du code de la propriété
intellectuelle et punie de deux ans d'emprisonnement et de 1 000 000 F
d'amende.
Les droits d'auteur sont transmis à ses héritiers qui en
bénéficient pendant cinquante années. Au delà,
le logiciel « tombe » dans le domaine public (voir
plus loin).
Licence d'utilisation
L'auteur a parfaitement le droit de préciser les conditions d'utilisation
de son logiciel, et c'est quasiment toujours le cas. S'il ne peut pas aller
contre la loi, il peut toutefois préciser beaucoup de points techniques,
financiers, administratifs, ou autres qui ne sont pas traités par
la loi.
Il faut donc absolument lire les licences d'utilisation des logiciels.
Bien souvent il est affiché à l'écran lors de l'installation
du produit mais il peut, tout aussi bien, ne pas être « obligatoirement
» visible. Dans ce dernier cas, il faudra rechercher à lire
tout fichier pouvant s'appeler Copyright, Licence, Registration ou simplement
README (ou ALIRE).
Les contrôles
En France, les habitudes ancestrales nous ont donné une réputation
de « profiteur » qu'il est bien difficile de renier
et même de modifier, tant les mentalités n'évoluent
que très lentement. Le préjudice est énorme (voir plus
loin : le piratage français) pour les grosses entreprises comme pour
les petits producteurs de logiciel. Il faut donc lutter contre la violation
du droit d'auteur.
N'imaginons surtout pas qu'il n'y a pas de contrôles, que «
cela n'arrive qu'aux autres », parce que les média n'en parlent
que très peu. Cela s'explique parfaitement. En effet, très
peu de cas de violation de droits font l'objet d'une procédure juridique
car aucun des protagonistes n'y a intérêt. Le producteur n'a
pas intérêt à paraître publiquement comme le gendarme
qui fait verbaliser. Et le fraudeur souhaitera, encore moins, être
cité dans tous les journaux. Les procédures sont donc, dans
la majorité des cas, amiables. Il existe des centres de conciliation
réservés à cet effet.
Les contrôles sont souvent effectués à la demande
des auteurs, éditeurs ou producteurs, mais aussi très souvent
à l'initiative des organisations professionnelles. En France, l'Agence
pour la Protection des Programmes, par exemple, est mandatée pour
agir en justice, tant sur le plan pénal que civil.
Les contrôles existent donc, même si cela n'est pas très
apparent chez nos propres voisins. Le risque existe donc si l'on n'est pas
en règle.
Le domaine public
On a coutume de penser que tout ce qui est dans le domaine public est
à tout le monde ; cela n'est pas vrai. Prenons des exemples quotidiens.
Le mobilier urbain est public, chacun peut l'utiliser, nul n'est autorisé
d'en faire un usage différent de celui pour lequel il a été
conçu. Les partitions de musique de Chopin et de n'importe quel compositeur
contemporain peuvent être achetées dans le commerce mais la
famille Chopin ne touche plus de revenus de droits d'auteur. Les \oe uvres
de Victor Hugo ont été publiées il y a longtemps et
pourtant vous n'avez pas le droit de faire des photocopies pour tout votre
entourage. Enfin, ce n'est pas parce que la musique de Strauss est «
dans » le domaine public que vous pouvez rediffuser son oeuvre gratuitement
à la fête du village.
Tous ces exemples sont là pour montrer que le domaine public apporte
au public de nouvelles facilités, sans pour autant l'exempter de
devoirs. L'expression « tomber dans le domaine public » correspond
en fait à une réduction des droits de l'auteur ou de ses héritiers,
jamais à une extinction totale de ces droits. Même deux cent
ans après, un descendant peut valablement attaquer en justice pour
violation des intentions de l'auteur.
L'on voit ainsi clairement, sans même parler de logiciels, que
l'on ne peut pas, non plus, s'approprier un bien trouvé dans le domaine
public.
Le droit sur Internet
Internet est une route publique qui parcourt le monde. En France la route
nationale pour l'enseignement et la recherche s'appelle Renater, les routes
régionales s'appellent Rerif, Rémip, R3T2, etc. Chacune est
la propriété d'un organisme spécifique qui se charge
de l'équipement, de l'entretien, ... Il n'existe pas, toutefois,
sur Internet d'organisme public qui joue le rôle de gendarme ou de
douanier, au sens où on le connaît. Il existe par contre des
services anti-piratage, anti-contrefaçon, etc.
Le principal problème juridique d'Internet vient de son accessibilité
aisée à tout un chacun et, par conséquence, de la difficulté
de localiser physiquement un utilisateur. Nos lois ne sont pas encore adaptées
à cette situation immatérielle.
Cependant, rien ne modifie les droits de l'auteur dont nous venons de
parler précédemment.
En ce qui concerne les logiciels, différentes sortes sont « récupérables
» sur le réseau. Leurs conditions d'utilisation sont, par contre,
souvent très différentes. Il existe, essentiellement, trois
grandes catégories de logiciels : les logiciels d'essai et de démonstration,
les « sharewares » et les « freewares ».
Les logiciels d'essai et de démonstration
Nombreuses sociétés commerciales, de tailles diverses,
allant de l'auteur-producteur de logiciel à la multinationale, sont
soucieuses de commercialiser des logiciels bien adaptés à
la demande et profitent du réservoir énorme de candidats testeurs
sur Internet pour proposer des versions « beta ». Leur
utilisation est toujours restreinte dans le temps, soit physiquement, soit
contractuellement au travers de la licence.
Une fois passé le cap des beta-tests, l'entreprise commerciale
retire (ou fait retirer) la version beta sur les serveurs Internet et commence
la distribution commerciale de son produit. Dans le même temps ré-apparaît
très souvent sur le réseau une nouvelle version du produit
mais ce n'est pas la version commerciale, c'est juste une version de démonstration
qui est soit bridée au niveau des fonctionnalités soit limitée
dans le temps ou dans le nombre de copies sur un même réseau.
L'auteur, dans ces cas, a abandonné son droit à rétribution
du travail effectué mais pas tous ses autres droits d'auteur qui
ne manqueront pas d'être reprécisés dans la licence
d'utilisation.
Le « shareware »
Les logiciels distribués en « shareware » sont
en général développés par des informaticiens,
amateurs ou professionnels, avisés, ayant une conception très
récente de la participation.
Toutes les explications résident dans la licence et il n'en existe
pas deux identiques. Voyons simplement le cas général.
L'auteur n'abandonne pas son droit à rétribution financière
et demande même à ce que l'utilisateur, satisfait, lui envoie
une petite somme d'argent (quelques dollars en général), ce
sera la participation de l'utilisateur. À l'inverse si l'utilisateur
ne veut pas utiliser le produit, il ne doit pas le conserver sur sa machine.
L'auteur demande à ce que son logiciel soit le plus largement
rediffusé mais en aucun cas de façon commerciale. Les sharewares
sont donc « partagés » c'est-à-dire passés
de mains en mains, voire diffusés dans les journaux, d'où
le nom anglais share-ware et le nom français « partagiciel
» peu usité.
Autre aspect de la participation, l'utilisateur peut, à tout moment,
envoyer à l'auteur une demande de correction à laquelle l'auteur
répond dans des délais que toutes les sociétés
commerciales aimeraient bien approcher, même de loin.
La caractéristique essentielle du shareware est donc l'encouragement
financier demandé à l'utilisateur. Les français ont,
sur ce point, comme je l'ai déjà dit, une très mauvaise
réputation.
Il n'y a pas de grande différence entre un produit shareware et
un produit commercial, excepté son mode de diffusion. De nombreux
sharewares sont devenus, par la suite, des produits commerciaux.
Utiliser un produit shareware sans s'acquitter des droits d'utilisation
revient au même que de copier frauduleusement un logiciel commercial
emprunté (sauf que dans ce dernier cas le prêteur est coupable
de recel).
Le « freeware »
Les logiciels « freeware » sont improprement appelés
en France logiciels du domaine public. Si tant il est vrai qu'ils
résident « sur » le domaine public qu'est Internet,
il n'est pas du tout vrai qu'ils sont « du » domaine public.
Il est encore moins vrai qu'ils puissent être « tombés
» dans le domaine public, vu leur âge qui est loin d'être
respectable. De quoi s'agit-il ?
Un logiciel freeware est un produit qui répond à une certaine
éthique. Il est toujours libre d'accès et toujours gratuit
d'utilisation. Les autres conditions d'utilisation sont précisées
dans la licence.
Une des composantes du freeware est ce que l'on peut appeller le logiciel
ouvert et libre et qui donne, en plus, à l'utilisateur l'accès
aux codes sources du logiciel.
Bon nombre de freewares fournis en source ne donnent pas systématiquement
le droit, à l'utilisateur, de les modifier.
Plus le logiciel est ouvert et libre, plus l'utilisateur est sollicité
pour participer à l'amélioration du produit, en proposant
des corrections de bogues, en développant de nouvelles parties de
code, en apportant des modifications, etc. Tous les grands logiciels freeware
ont été écrits par des régiments de volontaires.
Là aussi, il faut lire attentivement la licence d'utilisation.
Nombreuses se réfèrent à la « licence GNU »
mise au point par les développeurs du projet GNU (plusieurs centaines)
de la Free Software Foundation. Cette même licence suggère
l'adhésion à l'association par l'envoi d'une donation.
Les auteurs de freeware abandonnent individuellement leurs droits à
rétribution financière sur l'utilisation du produit qui est
gratuite, c'est pourquoi le logiciel freeware est traduit parfois en français
par « graticiel ». La rediffusion commerciale est parfois interdite
(ce n'est pas le cas des produits GNU).
Extension aux CD, disquettes
et autres médias
De nombreux logiciels arrivent maintenant directement au bureau et à
la maison par d'autres média comme les journaux, voire les maisons
d'édition informatique.
Qu'il s'agisse d'un CD, de disquettes ou autre média, les logiciels
qui y figurent relèvent des catégories que j'ai citées
précédemment. C'est donc à vous, utilisateur, et à
vous seul de prendre les mesures qui s'imposent après avoir choisi
tel ou tel logiciel.
Tout argument qui prétendrait ne rien devoir, du simple fait que
les logiciels en questions sont « arrivés tout seul »
chez vous, ne peut en aucun cas être retenu car les avertissements
sont en général nombreux et bien visibles.
Les administrations et le « shareware »
: LITIEL
Les règles de la comptabilité publique sont telles qu'il
est impossible à une administration française de payer des
droits d'auteur pour un logiciel shareware obtenu de façon gratuite,
par Internet ou par tout autre moyen. Ce problème est souvent aggravé
par le fait que l'auteur du shareware (personne physique ou société)
réside à l'étranger.
Une association, LITIEL, a été créée pour
pallier ce défaut temporaire (mais qui dure depuis l'origine des
shareware dans les années 80). LITIEL joue le rôle d'intermédiaire
entre l'utilisateur et le producteur, émet des factures aux administrations
et envoie le règlement des droits aux auteurs. LITIEL ne fournit
pas de logiciels.
Adresses utiles
LITIEL
44, rue Pierre Curie, 92700 Colombes, France
téléphone : 06.61.55.52.23 télécopie : 01.47.86.14.15
email : info -chez- litiel.org
Web : http://www.litiel.org/
INPI Institut National de la Propriété
Industrielle
26 bis, rue Saint-Petersbourg, 75800 Paris CEDEX 08, France
téléphone : 01.42.94.52.52
APP Agence pour la Protection des Programmes
119, rue de Flandre, 75019 Paris, France
téléphone : 01.40.35.03.03, télécopie : 01.40.38.96.43
email : 100413.742@compuserve.com
SCAM Société Civile des Auteurs
Multimedia
38, rue du Faubourg Saint Jacques, 75014 Paris, France
téléphone : 01.40.31.33.00,
télécopie : 01.43.54.92.99
ATA Centre de conciliation et d'arbitrage des
techniques avancées
15, rue de Bassano, 75116 Paris, France
téléphone : 01.40.70.17.18
Droit.tex : version html mise à jour le 1/5/98 par Barbara
Storey
|